Une journée à Sète, du Mont Saint-Clair à la Pointe Courte

Sète tient dans une journée à condition de la prendre dans le bon ordre : la hauteur le matin, les canaux à midi, les quartiers de pêcheurs en fin d'après-midi. Voici l'itinéraire que nous donnons le plus souvent au petit-déjeuner, avec les détours qui valent le coup et ceux qu'on peut sauter sans regret.

Commencer par le haut

Il y a une règle simple à Sète : on monte d’abord. Le Mont Saint-Clair culmine à environ 175 mètres, ce qui ne paraît rien sur le papier, mais suffit à comprendre en une minute la géographie improbable de la ville. D’un côté la Méditerranée, de l’autre l’étang de Thau, et entre les deux une bande de terre que les hommes ont percée de canaux jusqu’à en faire une île artificielle.

Depuis la sortie de La Peyrade, comptez une dizaine de minutes de voiture pour rejoindre le pied du mont, puis la route en lacets jusqu’au belvédère. Arrivez tôt : la lumière du matin donne sur l’étang, les tables ostréicoles dessinent leurs alignements réguliers, et le parking n’est pas encore pris d’assaut. En plein été, à partir de onze heures, la montée devient une file d’attente.

En haut, deux choses à ne pas manquer. La chapelle Notre-Dame-de-la-Salette, ancien fort reconverti, dont l’intérieur peint surprend toujours les visiteurs qui n’attendaient qu’un point de vue. Et, quelques dizaines de mètres en contrebas, le cimetière marin — celui du poème de Paul Valéry, qui y repose. On peut le traverser en dix minutes ou y rester une heure ; les deux se défendent. C’est un lieu calme, en terrasses, tourné vers le large, et il n’a rien de lugubre.

Juste à côté, le musée Paul Valéry propose des expositions temporaires qui changent plusieurs fois par an, avec une belle collection autour des joutes et de la peinture méditerranéenne. Si vous n’avez qu’un musée dans la journée, c’est probablement celui-là — sauf si l’art contemporain vous attire davantage, auquel cas voyez plus bas.

Redescendre vers les canaux

La descente vers le centre se fait naturellement, à pied si vous êtes en forme, en voiture sinon. Le cœur de Sète, c’est le Canal Royal : une trouée d’eau bordée de façades hautes, de bateaux amarrés et de terrasses. C’est là que se courent les joutes languedociennes l’été, debout sur la tintaine, lance en main, dans un vacarme de hautbois et de tambour. Le grand rendez-vous reste la fête de la Saint-Louis, fin août, mais des tournois plus modestes ponctuent la saison de juin à septembre.

Prévoyez un passage par les Halles, place Aristide Briand. Elles fonctionnent tous les matins et concentrent, sur quelques dizaines de mètres, tout ce que la ville sait faire : poissons du golfe, coquillages de l’étang, tielles, fromages, charcuteries. La tielle sétoise — tourte au poulpe et à la sauce tomate relevée — est la spécialité locale à goûter au moins une fois. Elle se mange froide ou tiède, en marchant, et coûte le prix d’un sandwich. Plusieurs comptoirs à l’intérieur des Halles servent aussi des plateaux de coquillages sur le pouce, debout, vers midi. C’est bruyant, rapide et excellent.

Si vous préférez une vraie table, les quais de la Marine alignent les restaurants de poisson. Ils sont touristiques, sans être mauvais, mais les adresses les plus intéressantes se trouvent souvent une rue en arrière, du côté de la rue Général de Gaulle ou du quartier Haut.

L’après-midi : art moderne ou eau salée

À ce stade de la journée, deux tempéraments se séparent.

Les curieux d’art poussent la porte du MIAM, le Musée International des Arts Modestes, installé sur le quai du Maréchal de Lattre de Tassigny dans un ancien chai. Fondé par l’artiste sétois Hervé Di Rosa, il collectionne ce que les musées classiques ignorent : jouets, objets populaires, bricoles, images de piété, figurines. C’est drôle, dense, un peu vertigineux, et cela ne ressemble à aucun autre musée de la région. Comptez une heure et demie.

Les autres filent vers l’eau. La plage de la Corniche est la plus accessible depuis le centre, avec ses cabanes et sa promenade. Mais si vous avez la voiture, poussez jusqu’au lido, cette longue langue de sable qui relie Sète à Marseillan sur une douzaine de kilomètres, avec la mer d’un côté et l’étang de l’autre. On y trouve des plages aménagées, des paillotes en saison, et de longues portions désertes dès qu’on marche cinq minutes. Depuis l’hôtel, c’est le bord de mer le plus rapide à rejoindre — moins de dix minutes.

Finir à la Pointe Courte

Gardez la fin d’après-midi pour la Pointe Courte. C’est un quartier de pêcheurs coincé entre le canal et l’étang de Thau, à l’écart des circuits, fait de maisons basses, de filets qui sèchent, de barques et de chats. Agnès Varda y a tourné son premier film en 1955, et le lieu a moins changé qu’on ne le croirait.

On s’y promène doucement, sans plan. Les ruelles sont étroites, les cours ouvertes, et les habitants y vivent toujours — ce n’est pas un décor, donc on parle bas et on ne photographie pas les fenêtres. En fin de journée, la lumière rasante sur l’étang justifie à elle seule le détour.

Si vous avez encore de l’énergie, remontez vers le quartier Haut, l’ancien quartier italien accroché au flanc du mont, avec ses escaliers et ses points de vue sur le port de commerce. Puis retour par la route de Frontignan : quatre kilomètres, un quart d’heure, et la journée est bouclée.

Ce qu’on peut sauter

Par honnêteté : le tour en bateau des canaux est agréable mais court, et n’apprend pas grand-chose de plus qu’une marche le long du Canal Royal. Les boutiques du centre se ressemblent beaucoup. Et le musée de la Mer, plaisant, fait double emploi avec les Halles si votre temps est compté.

En revanche, si vous restez deux jours, ajoutez Bouzigues et ses tables ostréicoles sur la rive nord de l’étang, à vingt minutes. Les huîtres de Thau s’y dégustent face aux parcs, pour une somme dérisoire, et le contraste avec l’agitation sétoise fait du bien. Mais cela, c’est une autre journée.